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QUEGUINER JUMBO PAN COUPE

Table : Epicéa Sitka
Dos et éclisses : Palissandre Indien
Manche : Acajou et érable
Touche : ébène, 23 cases
Chevalet et plaque de tête : Palissandre de Rio
Mécaniques : Gotoh 510


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Exceptionnelle !

PAS SI FACILE D’OBTENIR UNE QUÉGUINER EN BANC D’ESSAI TELLEMENT CEUX QUI ONT PASSÉ COMMANDE SONT IMPATIENTS D’OBTENIR L’OBJET DE LEUR RÊVE. MERCI DONC À L’HEUREUX PROPRIÉTAIRE DE L’INSTRUMENT TESTÉ ICI DE NOUS L’AVOIR CONFIÉ.

Je suis embêté, mais alors là vraiment embêté. Bon ! Nous sommes entre
nous, alors je vous dit tout : je vous fais confiance, cela ne sera ni répété ni
déformé. J’ai connu Alain Quéguiner quand il a commencé à construire ses premières guitares (avec son complice Dominique Bouges), bien avant qu’il ne devienne le luthier connu et reconnu qu’il est aujourd’hui. La vie a fait qu’au fil du temps nous avons partagé des moments de grande joie, mais aussi de foutus
quarts d’heure dont nous nous serions bien passés. De plus, je lui dois probablement la majeure partie de mes modestes connaissances en lutherie. Bref, nous sommes plus que proches. Ce qui n’enlève rien par ailleurs à l'amitié préciseuse dont m'honorent quelques autres grands talents de ce noble métier. Mais Alain occupe une place à part (pour lever toute ambiguïté, il pourrait être un frère de plus, honni soit qui mal y pense!). Alors vous pensez bien que pour moi, de base, faire la critique de son travail n'est pas choses aisée. Mais alors là, c'est le comble : je viens de
découvrir une des meilleures guitares que j’ai
jamais jouées. Alors où est le problème, me direz vous. C’est simple : il faudrait que tout ce que je vais écrire reste crédible. Et vu la qualité de l’instrument, ce n’est pas gagné. Donc, j’ai décidé de m’offrir le luxe d’un article complètement subjectif, dithyrambique et démesuré. Vous voilà prévenus !

Une rare finesse

Cette guitare est magnifique. On ne se lasse pas de l’admirer. Le dessin de la silhouette est une réussite totale. Les courbes généreuses du corps intègrent allégrement l’échancrure du pan coupé, qui du coup ne cause aucun déséquilibre. Le manche (14 cases hors caisse) est prolongé par une tête dont la forme permet aux cordes de ne subir qu’une très faible déviation au sillet, pour une tenue d’accord accrue. Là encore, le dessin est exemplaire (beaucoup se sont cassés les dents sur ce sujet particulier), en parfaite harmonie avec l’ensemble. L’enchantement se poursuit quand on examine les détails. Le grain de la table, un sitka aux cernes larges (qu’affectionne tout particulièrement le luthier) merveilleusement maillé, est mis en valeur par un vernis brillant naturel du plus bel effet. Les contours de la table et de la rosace sont soulignés par une incrustation d’abalone de premier choix. Abalone que l’on retrouve aussi sur la touche en ébène, pour les repères en forme d’oiseau, ainsi que sur le palissandre de Rio de la tête, où l’on retrouve les oiseaux et le logo du luthier pour un décor d’une rare finesse. Lequel luthier met un point d’honneur à ne mettre aucun morceau de plastique dans ses guitares. Donc le chevalet, sans cheville, lui aussi en Rio supporte un sillet en ivoire (fossile rassurez-vous), et les filets de bords de caisse et de touche sont en érable ondé : effet garanti. Et l’envers vaut l’endroit. Le manche est taillé dans un sandwich d’acajou et d’érable, de telle façon que l’étroite bande blanche d’érable, bordée de fins filets, parcourt le dos du manche en son milieu de la tête jusqu’au pied du talon. L’arrière du corps reçoit lui aussi une fileterie en érable ondé Ne vous y trompez pas, il n’y a rien là de tapageur et de clinquant. En fait, on a l’impression que chaque élément est soigneusement calculé pour donner à l’ensemble une forme d’élégance raffinée, quasi aristocratique, qui pourrait tenir de l’évidence. Le tout est bien sûr exécuté avec une maîtrise et une virtuosité sans faille, avec un souci du détail qui révèle une habileté hors norme.

Epoustouflante !

Inutile de dire qu’on se saisit d’une telle guitare avec le plus profond respect. Et là l’enchantement se prolonge. Malgré sa taille jumbo relativement imposante, à aucun moment l’instrument ne paraît encombrant. Le bras droit trouve naturellement sa position. Un manche de rêve vient se lover délicatement au creux de la main gauche. Très légèrement plus large qu’un manche standard (45 mm au sillet), portant des frettes jumbo, son profil légèrement aplati procure un confort fabuleux. Jeux en accords ou "single notes", rien ne vient perturber même les inspirations les plus folles. D’autant que le pan coupé, la forme du talon et la volute en bout de touche permettent d’accéder à l’extrême aigu sans problème. Un vrai régal. C’est pour décrire le son, incroyable, que les mots me manquent. Selon l’aveu même du luthier, le barrage de la table est très inspiré des Martin vintage qui font rêver tant de guitaristes, avec un "X" allégé, mais remanié à la sauce Quéguiner. De fait, le timbre s’apparente effectivement à ce type de sonorité ronde et profonde, mais avec tellement de grain, de chaleur, de clarté, de puissance et de définition en plus que cette guitare laisse ses inspiratrice loin derrière, même les plus prestigieuses. Les aigus brillants répondent à la rondeur des basses bien définies. Les médiums donnent à l’ensemble une présence exceptionnelle. Bref que du bonheur ! Alors pourquoi aller très loin et dépenser une fortune quand ce dont vous rêvez est là à portée de main, en mieux ? Il faut maintenant que ça se sache : Alain Quéguiner est un grand parmi les grands, qui construit de très grandes guitares.

Conclusion

Voilà ! Dithyrambique et démesuré. Je vous avais prévenu. Seulement, je m’aperçois que je n’ai pas eu besoin de me forcer beaucoup. Cette guitare est vraiment exceptionnelle, et si vous allez visiter le site www.alain-queguiner.com, vous verrez que je ne suis pas le seul à penser cela. Les faits parlent d’euxmêmes : ceux qui ont opté pour ces guitares ne sont pas les moins connaisseurs. D’autre part vous ne verrez pas beaucoup de "Quéguiner" d’occasion car les heureux possesseurs les gardent jalousement. Sachez aussi, maintenant qu’il y a un peu de recul, que ces instruments vieillissent vraiment bien. Alors ,au vu de tout cela, les 5500 euros que coûte cette guitare apparaissent presque comme une bonne affaire.

Joël Roulleau

Guitarist Acoustic n° 7 18/10/05

 

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