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QUEGUINER JUMBO CUSTOM

Lorsqu'on arrive à un certain stade de qualité, une bonne guitare acoustique ne peut être construite que par un luthier, même si celui-ci appartient à une marque. Pour parler d'un tel instrument, on est tenté de remplacer les qualificatifs par des superlatifs !

+ fabrication exemplaire
+ confort de jeu
+ Homogénéité de la sonorité sur toute la tessiture
+ Délicatesse des notes
+ Polyvalence
+ Excellent rapport qualité / prix

- A ne pas mettre entre toutes les mains

On a tendance a penser qu'un luthier ne fabrique que des instruments sur mesure. C'est un peu vrai mais pas tout a fait. En effet, cette guitare par exemple est construite sur la base d'un modèle parfaitement défini et affiné au fil des ans, ensuite les choix du propriétaire se sont révélés sur des détails que l'on pourrait presque considérer comme optionnels. Ainsi, celui-ci bénéficie de l'expérience et du savoir-faire qui ont mené le luthier à obtenir une telle qualité sonore. Il profite également d'un instrument adapté à ses besoins et d'une décoration qu il a choisie. La réputation d'Alain Queguiner n'est plus à faire. Il fait sans doute partie des meilleurs luthiers au monde; nous en avons d'ailleurs la preuve entre les mains. Comme son nom l'indique, cette guitare est de forme jumbo. La prise en main est très confortable, la guitare s'inscrit parfaitement sur la cuisse du guitariste laissant les mains tomber naturellement au bon endroit L'absence de pan coupé ne facilite pas l'accès aux aigus, mais il s'agit là d'un choix délibéré, on peut très bien opter pour une échancrure Si son jeu le justifie. D'une manière générale, on remarque une finition hors pair, une étude attentive ne révèle pas le moindre défaut, la décoration est riche mais reste délicate et ne bascule absolument pas dans le tape-à-l'oeil. On est en présence d'un haut de gamme.

Mariages

Pour construire une bonne guitare acoustique, il ne suffit pas de choisir de bons bois... Ça aide, mais l'art du luthier consiste à travailler les différentes pièces de manière à ce qu'elles donnent le meilleur. Le dos et les éclisses, bordés par des filets en érable ondé, sont réalisés dans un palissandre des Indes, massif comme tout le reste de la guitare, joliment veiné mais sans excès. La jonction entre les deux parties du dos est agrémentée d'un filet en abalone. On retrouve ce filet autour de la table. La table en épicéa de sitka est bien maillée. Elle montre des fibres relativement espacées mais rectilignes et régulières. En effet, contrairement à ce qui se pratique avec les modèles de série (même haut de gamme), Quéguiner adapte l'épaisseur aux caractéristiques de la pièce de bois qui va former la table. L'épaisseur n'est donc pas obligatoirement uniforme. Elle répond à de nombreux paramètres dont les qualités du bois, la sonorité que l'on souhaite obtenir et la souplesse. Le barrage en X est allégé, et lui aussi a été adapté aux caractéristiques de la table. Le manche collé est réalisé en acajou du Brésil, son profil est agréable en toutes positions. La touche en ébéne des Indes est artistement décorée de repères en abalone qui représentent des oiseaux, elle est bordée d'un filet en érable ondé. Les vingt frettes sont des jumbos dont la finition est remarquable. Le chevalet en palissandre de Rio reprend le dessin cher àQueguiner, les cordes ne sont pas maintenues par des chevilles mais traversent le chevalet, on évite ainsi tout risque de fendillement Les sillets de tète et de chevalet sont réalisés en ivoire de mammouth. Côté mécaniques, on trouve des Gotoh 510 dorées munies de boutons en ébène. Le vernis est de type cellulosique, il est parfaitement réalisé et protège sans donner l'impression d'ètre épais.


Un équilibre remarquable

Tout le spectre de cette guitare montre les mêmes qualités, on ne trouve aucune note "morte". Ça n'a l'air de rien mais c'est réellement exceptionnel! L'équilibre entre les différentes bandes de fréquences est parfaitement réussi, mais en plus la sonorité est homogène d'un bout à l'autre de la tessiture. Ainsi, le passage des graves aux médiums par exemple est totalement progressif. On peut donc obtenir une continuité dans les phrasés qui donne de la liberté au guitariste. Les notes sont toutes très précises, quelle que soit la technique employée. Mais là où généralement cette précision apporte une certaine froideur, lors d'un jeu en accord par exemple, on la ressent ici plus comme de la délicatesse, comme une sorte de perfection tranquille. Le sustain est magnifique et il concerne toutes les notes. Dans l'ensemble, la sonorité de la guitare montre une certaine personnalité mais qui reste en retrait par rapport à ce que le guitariste va insuffler. Ça a l'avantage de laisser une liberté d'interprétation totale, en revanche, d'aucuns pourront regretter de ne pas être "emportés" par l'instrument Le jeu du guitariste va imprimer sa marque à la sonorité, on pourra donc être tour à tour d'une douceur extrème ou plein de punch, la finesse du rendu étant l'un des principaux atouts de cette guitare. Le jeu en accords s'accommode autant des rythmiques façon folk boom que des arpèges égrenés lentement Avec un peu d'habitude, on peut passer sans problème de l'un à l'autre au sein d'une même partie. Le jeu en finger-picking permet de mélanger habilement le mordant des basses avec la souplesse des aigus, le tout baigné dans un délicat tapis de médiums. Pour ce qui est du solo, mis à part les restrictions relatives àl'absence de pan coupé, tout est permis, partout! On peut jouer vite ou laisser résonner les notes, dans les graves, les médiums, les aigus. Ce n'est plus une guitare avec laquelle il faut composer mais le prolongement du guitariste. Pour profiter au mieux des qualités de cet instrument, il importe de posséder déjà une bonne technique.


Un capteur, pas un piézo !
Alain Queguiner met un point d'honneur à offrir le choix le plus large possible en ce qui concerne l'électronique, il va de soi qu'il s'agit là d'une option. Elle est néanmoins intéressante ici car elle utilise un capteur non importé en France le B-Band, fabriqué en Finlande. Il s'agit d'un capteur qui se pose sous le sillet de chevalet mais ce n'est pas un cristal piézo-électrique. Ce capteur fonctionne comme un micro à condensateur, il est réalisé dans un film élastique qui joue le rôle d'électret et fournit une tension lorsqu'il est soumis à une force mécanique ou acoustique. Le signal est envoyé à un préampli situé à l'intérieur de la guitare, au niveau du bouton attache-courroie, ce dernier servant également de jack de sortie. Le montage de cette guitare fait également appel à un microphone placé à l'intérieur de la caisse, la sortie se fait sur le même jack mais sur un autre canal, il faut donc deux amplis, ou au moins deux entrées pour mixer. La sonorité fine et claire reproduit bien le grain acoustique de l'instrument On se trouve en présence d'un très bon système de reproduction, parfaitement adapté aux caractéristiques de la guitare acoustique, on ne peut cependant pas dire qu'il surclasse les meilleures réalisations du genre. En fait, il s'agit plutôt d'un choix personnel, la sonorité n'étant pas tout à fait la même. Les qualités sont là néanmoins transparence, fidélité, clarté et respect de la dynamique. Aucun réglage n'est accessible sur l'instrument, mais il s'agit là encore d'un choix du guitariste car il existe un préampli avec égalisation à deux bandes qui se fixe sur l'éclisse.


Et le prix ?

Bien sûr, vous avez regardé le prix et vous avez failli vous évanouir... En effet, à l'heure où l'on vante les qualités des guitares à 3 000 F, débourser une telle somme semble déraisonnable. Mais il faut pourtant comparer ce qui est comparable... Cette Queguiner est de la trempe des Taylor Presentation ou des Shoenberg. Elle est au-dessus des Martin 45. Et toutes ces guitares atteignent des prix qui flirtent avec les 50 000 F. Et Si on y regarde de plus prés, on s'aperçoit que c'est plus que justifié. Sans compter la personnalisation de l'instrument et sans même augurer de la merveille que cette guitare pourra être dans quelques années Si elle est bien jouée...

Carmine Ghersi - Guitares&Claviers n°211 - 07/1999 -

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